jeudi 27 janvier 2000

Grenadines

Les Grenadines forment un chapelet d’îles qui s’étend sur 52 milles entre St. Vincent au nord et Grenade au sud. Bequia, Mustique, Canouan, Tobago Cays et Petit St. Vincent sont rattachées à la république de St. Vincent, indépendante depuis 1979. Les autres, Petite Martinique et Carriacou dépendent de Grenade, indépendante depuis 1974.
Colonisées par les Ciboney, peuple pacifique d’Amérique du Sud, elles passèrent aux mains des Arawaks, puis des redoutables Caribs. Le naufrage d’un négrier néerlandais au large de Bequia en 1675 marqua l’arrivée des premiers Africains. Ils se métissèrent avec la population autochtone donnant les Caribs Noirs, dont les descendants habitent toujours les îles.
Cet archipel est l’un des moins urbanisés des Antilles. Les paysages y sont spectaculaires, les plages magnifiques et la mer bleu turquoise. 
 

27 janvier (10 milles)

À la suggestion de nos amis du Réseau, nous quittons le mouillage devant Kingstown pour nous rendre à l’île voisine, Bequia. Belle traversée au petit largue* sous foc* et grand voile réduite à trois ris*. Martine est amortie par un rhume qui s’est déclaré pendant la traversée de la Barbade.
Petit largue Allure où le bateau reçoit le vent de travers, légèrement par l'avant.
Le foc est la voile d'avant la plus couramment utilisée. Le nôtre couvre 80 % du triangle avant.
Le ris fait référence à un système de réduction de la surface de voile exposée au vent. À trois ris, la grand voile est à son plus petit.

Ici, dans Admiralty Bay, on peut se faire livrer eau, diesel et provisions directement au bateau. Il y a même un service de lessive. La baie est très profonde et semble bien protégée. Il y a plus de 100 bateaux au mouillage et le décor fait penser à celui d’une carte postale. Aucun doute, c’est mieux qu’à St. Vincent.


 

28 janvier

Il pleut et Martine traîne encore de la patte. Courte balade à terre. Les magasins de bateaux (les Ship, comme diraient les Français) sont très bien pourvus, sauf en matériel électronique. Ce n’est donc pas ici que nous réglerons le problème du sondeur.
 

29 janvier

Après des mois d’essais pour améliorer notre antenne radio, nous nous décidons enfin à couper le pataras* pour y installer un isolateur. Les premiers tests avec Jean-Marie ne sont pas encourageants. Pour faire changement, il faudra faire quelques ajustements pour trouver la formule gagnante. Comme le dit Jean-Marie, « il faut d’abord suivre la théorie à la lettre, puis modifier l’installation jusqu’à ce que ça marche! »
Pataras Câble reliant le haut du mât à l'arrière du bateau.
 

30 janvier

Ça y est, l’antenne radio donne de bons résultats. Merci Jean-Marie!
Allons fêter à terre en faisant une longue balade. Au retour, croisons deux bouillonnants Parisiens en vacances. Passons la soirée avec eux au bateau.
 

31 janvier

Marc et Christine, qui repartent aujourd’hui, nous invitent à partager leur petit déjeuner. Balade en ville avec eux, puis courses et ravitaillement en eau et en diesel.
Retrouvons plus tard avec grand plaisir nos amis du Coquelicot, croisé au Cap-Vert. Souper et très belle soirée à leur bord. Pierre nous offre en souvenir un superbe bateau de papier qu’il a fabriqué pendant la traversée. Charmant jeune homme bourré de talents pour ses 11 ans!

 
 

1er février

Un message de Cathy et Gégé du Mauna Loa nous donne le feu vert pour filer vers le Sud. Derniers préparatifs en vue du départ. Coquelicot doit déjà partir vers le Nord. Nous tâcherons de les revoir à Saint-Martin.
 

2 février (~30 milles)

Six heures de navigation au petit largue pour nous rendre à Union, et une heure de moteur vent dans le nez pour entrer au mouillage devant Clayton, où nous attendent Cathy et Gégé. Fêtons nos retrouvailles autour de délicieux lambis qu’on apprend à préparer nous mêmes. Sortir l’animal de sa coquille est assez compliqué, mais au quatrième, Gégé est devenu expert, ou presque…

 

3 février (~1 mille)

Après avoir fait un petit tour de la ville et admiré les requins dormeurs du bassin, on traverse à Palm Island, un des nombreux petits paradis privés des Grenadines. Mauna Loa nous guide jusqu’au mouillage, ce qui nous simplifie la vie. Nos copains achètent une belle langouste pour le repas du soir. Encore un festin en perspective.
Passons près de deux heures à l’eau à suivre les poissons autour des coraux.

 
 
 

4 février

Faisons le tour de l’île à pied en suivant la plage. On trouve en chemin deux belles noix de coco que Gégé s’empresse de décortiquer. Il fait un temps des dieux, et le décor est somptueux.
 

5 février (~3 milles)

Le saut de puce d’aujourd’hui nous mène à Mayreau, privée elle aussi. On s’amuse chacun à prendre des photos de l’autre en navigation.
L’île est assez petite pour qu’on puisse en parcourir toute la côte ouest à pied dans l’après-midi. Pique-nique à la pointe nord. Sur le chemin du retour, on trouve des noix de coco germées. Ceux qui nous connaissent comprendront qu’ils nous est impossible de résister à l’envie d’en rapporter une à la maison.


 

6 février (~5 milles)

Déplacement vers les Tobago Cays, l’endroit certainement le plus connu des Grenadines. Il s’agit en fait d’un petit groupe d’îles désertes protégé de l’Atlantique par une grande barrière de corail en forme de fer à cheval (Horseshoe Reef). Cet endroit de rêve pour la plongée est aujourd’hui un parc national.



On s’ancre à l’abri du grand récif, puis on s’approche des coraux en pneumatique. L’eau est claire et poissonneuse. À peine entrés dans l’eau, on voit passer un requin tout près. Nous aurions sans doute eu peur si nous n’avions pas vu ceux de Clifton. Au retour de notre plongée, nous en verrons deux autres, couchés paisiblement au fond. Ce sont les plus beaux coraux que nous avons vu jusqu’à présent. Ils manquent malgré tout de couleurs.
Déplaçons les bateaux à un endroit plus sûr pour la nuit. En apercevant la forêt de mâts derrière les îles, on craint de ne pas trouver de place, pourtant… L’endroit est décidément très connu. Il doit bien y avoir près de 60 bateaux, dont quelques géants.
 

7 février (~8 milles)

Au matin, quelques bateaux chassent au passage d’un grain. Partons un peu plus tard vers Canouan. La navigation est un peu acrobatique, car le temps incertain nous livre des vents qui varient de 10 à 30 nœuds sous les grains.
À notre arrivée, il y a peu de bateaux dans la baie de Charleston, mais plusieurs arrivent en fin d’après-midi. Nous sommes ancrés devant les luxueuses huttes du Tamarind Bay Resort. Une longue balade à terre nous livre des vues impressionnantes.

 
 

8 février (18 milles)

Nuit et matinée ponctuées de fortes rafales. Partons vers Mustique au près serré*. Trop paresseux pour remplacer le foc par le grand génois*, nous finirons au moteur pour arriver de clarté. Quelques minutes avant d’entrer à Britannia Bay, nous attrapons un maquereau (cero) de 68 cm. Miam! Miam! C’est notre premier poisson en navigation. Est-ce le nouveau leurre (petite jupette rose découpée dans un sac de plastique) qui fait la différence? Cathy, experte en poissons, nous en fera un festin.
Près serré Allure où le bateau navigue nez au vent en serrant le vent au maximum.Le grand génois est notre voile de beau temps. Elle couvre 180 % du triangle avant.

  
 

9 février

Nous voici sur une île privée fréquentée par les célébrités et milliardaires du monde. Un copain du Réseau rêve qu'on lui envoie une photo de Raquel Welch, une des plus belles résidentes. Ne l'ayant pas croisée sur la plage, on trouve quand même le moyen de répondre à la demande.

 
 

Contrairement à ce qu’on annonce dans les guides, le mouillage sur coffre est payant : 50 $EC la première nuit, 30 $EC les suivantes. Même l’ancrage est payant, mais on arrive à s’entendre sur un forfait de 25 $ pour notre séjour.
L’île est entretenue au peigne fin et tout est très cher, sauf l’Internet qu’on obtient à meilleur prix qu’ailleurs à l’intérieur d’une belle bibliothèque climatisée. On réussit aussi à obtenir de l’eau gratuitement.
Après sept jours de bombance avec Cathy et Gégé, on trouve assez de courage pour devenir raisonnables. En mangeant chacun chez soi, il sera plus facile d’éviter les excès.
 

10 février

Mauna Loa part aujourd’hui vers Bequia où nous les rejoindrons demain. Au moment de leur départ, nous sommes déjà à l’eau à continuer le nettoyage de la coque entrepris la veille. Cette année, on a troqué un pare-brise à gratter pour une coque. L’ennui, c’est qu’il faut retenir notre souffle en grattant. Bientôt, il nous poussera des branchies…
 

11 février (~13 milles)

Finissons le travail sur la coque avant de partir en direction de Bequia. Il vente fort et la navigation est excitante. Retrouvons Cathy et Gégé en proie au découragement. Ils venaient sur Bequia pour acheter une annexe, mais plus personne n’en vend sur l’île bien que la publicité même récente dise le contraire. Ils devront donc réparer eux-mêmes leur pneumatique.
 

12 février

Pas question de partir aujourd’hui, car Mauna Loa a rendez-vous demain matin avec un maître voilier. Si les prix sont raisonnables, nous aurions bien de petites babioles à lui faire faire. En allant à l’Internet, Cathy rencontre un chouette Américain qui offre de jeter un coup d’œil à leur ordi du bord, en panne depuis plus d’une semaine. Un vrai coup de chance, car David venait tout juste de se donner comme mission de changer les relations entre Américains et Français, ennemis jurés dans les Antilles. C’est fou comme les perceptions peuvent varier d’un pays à l’autre. David nous décrit les Français de la même façon que les Français nous décrivaient les Américains à Funchal : navigateurs du dimanche insouciants, remplis d’eux-mêmes et toujours prêts à reprocher aux autres de ne pas parler leur langue. Étant bilingues, nous recevons avec beaucoup d’amusement les doléances de chacun.


 

13 février

Commençons la journée chez le maître voilier à qui nous laissons notre foc et deux des sangles du balcon. Gégé et Michel se rendent ensuite avec l’ordi au bateau de David et Louva (Windstar). David nous apprend que les Nonsuch (voiliers avec un gréement de planche à voile : grand voile et wishbone) sont fabriqués à Ste Catharines, en Ontario.

 

La balade de l’après-midi nous mène l’autre côté de l’île, à Friendship Bay, puis au mont Pleasant. On s’arrête en chemin pour poser des questions au sujet des arbres fruitiers et un gentil bonhomme apparaît pour nous faire déguster une papaye bien mûre. C'est lui, Jacobs, qui a planté presque tous les arbres sur son terrain: papaye, mangue, pamplemousse, citrons, limes, oranges, "aki" jamaïcain (on en rapporte des graines) plus tomates, laitue, épinards grimpants, etc. Il a des chats pour capturer les rats et des chiens pour éloigner les voleurs... Et oui, il y en a ici aussi. Jacobs nous explique que sans chien, il n'y aurait plus de fruits aux arbres. C'est à se demander si ceux qu'on achète au marché sont bien légitimes. Chose certaine, ils sont délicieux.

 
 

14 février

Pour fêter la Saint-Valentin, nous allons porter une photo à Jacobs pour le remercier de sa gentillesse. Prenons ensuite livraison des voiles. Côté ordinateur, pas de chance. David n’arrive pas à trouver pas le bobo.
 

15 février

Michel et Gégé récupèrent l’ordi, toujours malade. David et Louva viennent passer quelques heures sur La forêt d’eau.
 

16 février

Retrouvailles pour le thé sur Windstar en après-midi. C’est le début d’une profonde amitié. Faisons des plans pour nous revoir en Martinique.
 

17 février (17 milles)

Recevons avec grand plaisir la visite de Caroline et Jim du Moujik, rencontrés aux Canaries en décembre. Ayant, comme nous, fait un arrêt au Cap-Vert avant de traverser vers la Barbade, ils se dirigent maintenant vers le Sud, pour éventuellement traverser Panama.
Remplissons les formalités de départ, puis partons avec Mauna Loa vers St. Vincent sous un bon vent du NE d’environ 20 nœuds. Mouillons vers 16 h 30 dans Cumberland Bay, aidés d’un « boat boy ». L’endroit est magnifique, mais fourmille de boat boys avec qui il faut apprendre à négocier pour ne pas se faire envahir.

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